Ce qu’il faut savoir sur l’orthopédagogie, une approche méconnue en France qui aide enfants et adultes à comprendre comment leur cerveau apprend

Encore méconnue en France, l’orthopédagogie aide enfants et adultes à comprendre comment leur cerveau apprend pour mieux mémoriser et gagner en autonomie.

Un élève capable de restituer parfaitement une leçon le soir peut l’avoir totalement oubliée le lendemain. Même constat chez les adultes qui reprennent des études et se retrouvent rapidement submergés par la masse d’informations à assimiler. Souvent, la cause tient à l’absence d’un apprentissage explicite des mécanismes de compréhension et de consolidation des connaissances. C’est justement l’objet de l’orthopédagogie : apprendre à mobiliser son cerveau de manière efficace pour mieux comprendre et retenir ce qui est étudié.

Venue du Québec, cette approche s’implante progressivement en France. Un métier encore méconnu, présenté par Sylvie Wrzecionek Benichou, vice-présidente de l’Union des Orthopédagogues de France (1), lors de la 4e Journée du neurodéveloppement à Nice (2).

Apprendre à apprendre
« L’orthopédagogue est là pour “apprendre à apprendre”. Son rôle : repérer l’origine des blocages et poser les bases d’un apprentissage à la fois durable et autonome, tout en accompagnant la personne pour qu’elle trouve ses propres stratégies de dépassement », résume Sylvie Wrzecionek Benichou. Planifier, mémoriser, se concentrer, gérer ses émotions… derrière chaque difficulté d’apprentissage se cachent des mécanismes cognitifs qu’il faut parfois rééduquer pour révéler le plein potentiel de l’élève ou l’adulte.

L’orthopédagogie, tout au long de la vie
L’orthopédagogie s’adresse à toute personne en situation d’apprentissage, dès la deuxième année de maternelle et tout au long de la vie. « Cette méthode n’est pas réservée aux élèves présentant un trouble identifié : elle aide aussi des écoliers, collégiens ou lycéens qui s’organisent mal, travaillent beaucoup sans obtenir de résultats. » De nombreux adultes consultent également lorsqu’ils reprennent des études ou préparent un concours, et découvrent qu’ils ne savent ni planifier leurs révisions, ni mémoriser sur le long terme. « L’orthopédagogie peut également intervenir chez les seniors afin de stimuler et préserver leurs capacités intellectuelles au quotidien, toujours en complément du travail de l’orthophoniste. »

Un travail au cœur de la mémorisation
Lors des séances, d’une durée de 30 à 45 minutes, l’orthopédagogue s’intéresse à la mécanique de la pensée. Il pose des questions simples pour éclairer le fonctionnement mental de la personne accompagnée : « Comment vous y êtes-vous pris pour retenir ce paragraphe ? Vous êtes-vous parlé dans votre tête ? Avez-vous visualisé une image ? » Cette verbalisation, appelée introspection cognitive, permet à l’enfant ou à l’adulte de prendre conscience de ses propres stratégies pour mieux les ajuster par la suite. L’arme principale de cette approche, c’est la multimodalité. « Les neurosciences prouvent que le cerveau grave un savoir durablement seulement s’il sollicite plusieurs sens en même temps. » Ainsi, par exemple, pour qu’un enfant apprenne ce qu’est le nombre « 10 », il ne suffit pas de le lire sur une feuille. L’orthopédagogue propose alors de manipuler une barrette de dix cubes (toucher), d’observer le symbole écrit (vue) et d’entendre le nombre prononcé à voix haute (ouïe). « Ces trois expériences croisées créent une trace mémorielle solide et durable. » Chez un étudiant ou adulte qui prépare un concours, la même logique s’applique : lecture des fiches à voix haute avec des surligneurs de couleur, reformulation des idées clés en marchant, associer chaque idée à un lieu connu (le salon, l’escalier, la cuisine)… « En combinant plusieurs sens, l’orthopédagogie transforme l’information en connaissance durable. »

Une aide précieuse pour les troubles du neurodéveloppement
L’orthopédagogie est particulièrement précieuse pour les élèves présentant des troubles du neurodéveloppement (TND) — dyslexie, dyspraxie, dyscalculie ou trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) — qui doivent contourner leurs difficultés. « Chez ces enfants, les stratégies sont adaptées à leur profil cognitif : un élève avec un TDAH peut apprendre à découper ses devoirs en petites étapes pour mieux les mémoriser, tandis qu’un collégien dyslexique peut, par exemple, travailler davantage sur la création d’images mentales pour retenir plus facilement ses leçons. »

Un métier récent
Née il y a plus de 60 ans au Québec, l’orthopédagogie y est aujourd’hui pleinement intégrée au système éducatif. En France, la profession reste encore émergente : on recense environ 280 orthopédagogues certifiés, tous membres de l’Union des Orthopédagogues de France (UOF). Bien que non reconnue officiellement, la profession bénéficie du soutien de l’UOF, qui milite pour un encadrement clair et des formations certifiées. L’annuaire des orthopédagogues adhérents ainsi que les établissements de formation certifiés sont disponibles sur www.orthopedagogues.fr

Une vraie spécialité
L’orthopédagogue ne se substitue pas à l’orthophoniste, au psychologue ou à l’enseignant, mais complète leur action. « Par exemple, là où l’orthophoniste rééduque un trouble du langage, l’orthopédagogue s’intéresse à la manière dont la personne mobilise ses ressources pour apprendre : comment elle s’organise, mémorise ou reste attentive. »

  1. Elle est également formatrice, conseillère pédagogique et référente école inclusive pour l’académie de Nice, titulaire et intervenante au sein du DIU parcours de santé des enfants avec TSLA de l’Université d’Aix-Marseille et Côte d’Azur, co-autrice du livre En classe pour les enfants neuroatypiques chez De Boeck Supérieur.
    2. L’évènement était organisé le 17 janvier au Centre universitaire méditerranéen.